Oecuménisme en Essonne

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Fiche n°2 : Les protestants : ce qu’ils ont en commun

Le protestantisme français est en pleine évolution.

A côté des protestants français classiques, longtemps dénommés « huguenots », et qui descendent des protestants persécutés sous Louis XIV, on trouve de plus en plus de protestants venus d’ailleurs. Déjà les luthériens ne se cantonnent plus à l’Alsace et au Pays de Montbéliard ; on en trouve aussi dans la région parisienne, y compris en Essonne. Mais surtout les baptistes et les évangéliques ont tendance à prendre le pas sur les protestants des Eglises dites « historiques » ; or, tout en se rattachant à la Réforme, leur sensibilité religieuse est assez différente. Quant on parle des protestants, y compris des protestants français, des distinctions sont donc nécessaires. Cette première fiche les concernant s’attache d’abord à ce qu’ils ont en commun.

D’où viennent les protestants français d’aujourd’hui ?

Martin Luther
Jean Calvin

Les protestants français viennent tous de ce qu’on appelle la Réforme du XVIe siècle. Mais certains en viennent pour ainsi dire directement et d’autres indirectement, car à la Réforme du XVIe siècle se sont ajoutées, notamment en Angleterre, d’autres réformes, auxquelles se rattachent de plus en plus de protestants français. Viennent directement de la Réforme du XVIe siècle essentiellement les luthériens et les réformés. Les premiers se rattachent à Martin Luther, un moine allemand, initiateur de la Réforme. Les seconds à Jean Calvin, un Français, qui s’est installé à Genève, une génération plus tard. Les luthériens français sont surtout nombreux en Alsace et dans le Pays de Montbéliard, et les réformés français dans les Cévennes mais on en trouve un peu partout. Cependant il y a de plus en plus, en France, d’autres protestants : des baptistes, des évangéliques, des pentecôtistes. Au total les protestants restent toutefois très minoritaires en France : moins de 1% de la population ; près de 2% si on tient compte de ceux qui se disent « proches du protestantisme ».

Pourquoi les Français sont-ils restés catholiques ?

Les idées de la Réforme se sont répandues rapidement en France, mais les rois de France sont restés catholiques, fidèles au pape de Rome. Et comme c’était la règle à l’époque, les Français sont restés à la foi de leur « princes ».

Le massacre de la Saint Barthélémy

Mais cela n’a pas été tout seul. Henri IV qui était protestant a dû se convertir au catholicisme pour devenir roi. De véritables guerres ont eu lieu entre catholiques et protestants, les « guerres de religion ». Henri IV y a mis fin en 1598 par son Edit de Nantes qui admettait que les protestants français pouvaient pratiquer librement leur religion, mais son petit-fils, Louis XIV, en 1685, a révoqué cet édit et a persécuté très durement ceux qui ne voulaient pas devenir catholiques. C’est seulement après la Révolution française que les Eglises protestantes se sont librement mais lentement reconstituées en France.

Aujourd’hui, en quoi les protestants croient-ils ?

La Bible, Parole de Dieu

Baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ils sont chrétiens comme les catholiques ; comme eux ils croient en Dieu et en Jésus-Christ, son Fils et le Sauveur des hommes, mort sur la croix et ressuscité. Ils croient au Saint-Esprit. Ils croient en la résurrection et en la vie future. Ils professent en effet le même « Credo » et le même « Notre Père ». Enfin, pour eux, la Bible est « Parole de Dieu ». Les protestants ont donc beaucoup de choses en commun avec les catholiques, on peut même dire l’essentiel.

Ils expriment traditionnellement leur différence par les trois « soli » suivants : « sola scriptura, sola gratia, sola fide ». Ce qui veut dire qu’ils attachent la plus grande importance à l’Ecriture, à la Bible, qui est pour eux au-dessus de l’Eglise, laquelle n’a pas, estiment-ils, le monopole de son interprétation ; cela veut dire aussi que, pour eux, la grâce de Dieu et la foi, seules, nous sauvent, sans aucun mérite de notre part. En fait, surtout, les protestants ont de l’Eglise une conception sensiblement différente de celle des catholiques pour qui l’Eglise est Corps du Christ et Sacrement du Christ, seul médiateur. Pour les protestants l’Eglise a un rôle beaucoup plus secondaire : elle est seulement le lieu où est prêchée la Parole de Dieu et les sacrements administrés.
Concrètement cela se traduit comment ?

Martin Luther prêche la Parole

Les protestants ne célèbrent que deux sacrements : le baptême et l’eucharistie qu’ils appellent habituellement la Sainte Cène. Celle-ci n’occupe pas dans le culte qu’ils célèbrent tous les dimanches, la place centrale qu’occupe l’Eucharistie dans la messe. La première place est tenue par la proclamation de la Parole de Dieu et par son explication par le pasteur.

Sainte Cène

En célébrant la Sainte Cène les protestants entendent obéir au Commandement du Seigneur : « Faites ceci en mémoire de moi ». Mais, s’agissant de leur foi en la « présence réelle » du Christ dans l’Eucharistie, on doit noter que si les luthériens l’affirment sans ambage, d’autres, comme certains réformés, ne voient dans la Sainte Cène qu’une commémoration de la Cène, que tout baptisé peut présider... D’une manière générale on peut dire que pour eux l’Eucharistie n’est pas au centre de la vie de l’Eglise.
Il faut ajouter que les protestants ne prient pas les saints, y compris la Vierge Marie, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne les considèrent pas comme des témoins de l’action de la grâce de Dieu en eux. Ils ne prient pas non plus pour les morts.
Il y a entre les catholiques et les protestants d’autres différences mais tout de même secondaires. La piété protestante est fort différente de la piété catholique. Pas de statues dans les temples ; pas de tabernacle (la plupart des protestants pensent que le Christ n’est présent dans le pain et le vin qu’au moment de la Sainte Cène et ils ne conservent pas les Saintes Espèces). Pas d’autel avec des cierges et des fleurs, mais seulement une table plus ou moins grande.
On note toutefois une évolution : une revalorisation des signes et symboles et des sacrements ; une pratique plus fréquente de la Sainte Cène.
Chez les protestants le catéchisme se termine par la confirmation qui correspond à notre profession de foi et n’est pas un sacrement : les enfants devenus grands s’engagent à vivre en chrétiens et le pasteur leur impose les mains en demandant à Dieu de les aider à rester fidèles.
Qu’en est-il de l’organisation des Eglises protestantes ?

Les protestants n’ont pas de pape ! Parmi eux, seuls les luthériens ont en général des évêques qu’ils appellent en France « inspecteurs ecclésiastiques ».

Une Eglise en synode

Femme pasteur

L’organisation des Eglises protestantes est fort différente de celle de l’Eglise catholique. On parle de système presbytéro-synodal : les paroisses sont dirigées conjointement par le pasteur et par des « anciens » élus par tous les membres de la communauté ; le système est donc presbytéral. Il est aussi synodal : ce sont les synodes, formés, moitié-moitié, de pasteurs et de laïcs élus, qui dirigent l’Eglise, tant en ce qui concerne la discipline que la doctrine.
Le pasteur, homme ou femme, (car il y a des pasteurs femmes et tous peuvent se marier) est choisi par la communauté, mais il doit avoir fait de longues études pour cela et avoir été consacré pour cette tâche par d’autres pasteurs. En règle générale les protestants n’attachent aucune importance à la « succession apostolique ».
Les diverses Eglises protestantes se regroupent dans des « fédérations » ou des « unions » et ce jusqu’au niveau mondial. C’est ainsi qu’il existe une Fédération luthérienne mondiale qui fédère 122 Eglises luthériennes et qui se présente comme une « Communion d’Eglises » ; une Alliance réformée mondiale qui en fédère encore plus mais d’une manière plus souple ; une Fédération méthodiste mondiale à laquelle adhèrent la plupart des Eglises méthodistes. Les Eglises baptistes elles mêmes, bien que théoriquement « indépendantes » les unes des autres, se regroupent, pour la plupart, dans des unions ou des fédérations.

FPF

FEF

En France, beaucoup d’Eglises protestantes sont regroupées dans la Fédération protestante de France (FPF) qui n’est pas, pour autant, une « super-Eglise ». Elle ne regroupe d’ailleurs pas que des « Eglises » : ainsi l’Armée du Salut qui ne se présente pas comme une « Eglise » en fait partie. Les réformés de l’Eglise réformée de France et les luthériens de l’Eglise évangélique luthérienne de France en font aussi partie, de même que les réformés et luthériens d’Alsace-Lorraine. Les baptistes de la Fédération des Eglises évangéliques baptistes également. Mais la Fédération protestante de France qui est en fait une « confédération », ne regroupe pas tous les protestants de France et notamment peu d’évangéliques. Il existe d’ailleurs une fédération concurrente : la Fédération évangélique de France (FEF).