Oecuménisme en Essonne

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Fiche n°1 : Pourquoi et comment les chrétiens se sont divisés

Les chrétiens sont aujourd’hui divisés : sur les 6 milliards d’humains qui peuplent la terre, moins d’un tiers sont chrétiens ; les catholiques sont 1 milliard et les autres chrétiens 900 millions, c’est-à-dire presque autant. En France, pays catholique, cette réalité n’est pas très sensible ; mais il suffit de franchir nos frontières pour découvrir l’Angleterre, majoritairement anglicane ; les Pays-Bas, largement protestants ; l’Allemagne, luthérienne pour moitié ; la Suisse, largement réformée. Et un peu plus loin, tout le Nord de l’Europe apparaît luthérien, et presque tout l’Est orthodoxe.

Les premières divisions sont apparues très tôt ; on en trouve trace déjà dans le Nouveau Testament. Les hérésies ont été nombreuses aux premiers siècles ; la plupart ont disparu. Mais des séparations qui perdurent aujourd’hui datent des V-VIe siècles. Les Eglises qui avaient accepté le Credo des conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381) et qui formaient la Grande Eglise et ses 5 patriarcats n’ont pas toutes accepté les conclusions des deux conciles suivants : Ephèse (431) et Chalcédoine (451). Elles ont donc rompu avec les patriarcats de Constantinople et de Rome.


Des chrétiens sont donc séparés des autres depuis 1500 ans à cause de conciles du Ve siècle ?

C’est le cas de l’Eglise assyrienne de l’Orient qui n’a pas accepté les conclusions du concile d’Ephèse sur « Marie, mère de Dieu » et qui a été longtemps qualifiée de « nestorienne » et des Eglises copte, éthiopienne, jacobite, arménienne qui, refusant les conclusions de Chalcédoine sur la double nature du Christ, ont été qualifiées de « monophysites ».
Aujourd’hui le dialogue a repris entre ces Eglises, tant avec Constantinople qu’avec Rome. On n’est plus très sûr que de véritables désaccords existent sur les questions théologiques disputées ; on mesure aussi mieux le rôle que joua alors la politique.
Mais la division perdure malgré tout : 50 millions de chrétiens, en Egypte, en Ethiopie, en Irak, en Inde et aussi en Occident où ils ont émigré nombreux, se trouvent donc toujours séparés des autres après 1500 ans.
Ces chrétiens orientaux ne sont donc pas des orthodoxes.

Les orthodoxes se rattachent à l’Eglise de Constantinople, la « seconde Rome »
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A partir du IVe siècle, l’Empire romain s’est divisé en deux : l’Occident a pour capitale Rome et l’Orient a pour capitale Constantinople, fondée en 330 par l’empereur Constantin. Les deux Empires vont évoluer très différemment : l’Empire d’Occident disparaît sous les coups des Barbares en 476. L’Empire d’Orient subsistera jusqu’en 1453 : un millénaire de plus !
 Mais Rome avec le pape, Constantinople avec son empereur chrétien et son patriarche, vont se différencier de plus en plus : langue, culture, théologie. Si bien que, quand la rupture intervient officiellement en 1054, l’éloignement est déjà grand.

Aux sujets officiels de discorde (le filioque, les azymes, la primauté de l’évêque de Rome) se sont ajoutés des faits qui expliquent que la rupture de 1054 ait perduré pendant des siècles : le pillage de Constantinople par les Croisés lors de la 4ème Croisade en 1204 dont le souvenir est toujours vivace ; l’union à Rome, après l’échec du concile de Florence qui n’a, hélas, pas réussi à rétablir l’unité, de certaines parties de l’Eglise orthodoxe : « création » d’Eglises gréco-catholiques en Ukraine, en Roumanie et ailleurs ; le mépris réciproque que se sont portés longtemps latins et grecs.

L’Eglise de Constantinople ayant évangélisé tout l’Est de l’Europe, on se trouve aujourd’hui devant des Eglises orthodoxes « autocéphales », c’est-à-dire autonomes : ainsi le patriarcat de Moscou, ceux de Bucarest, de Belgrade, de Sofia, l’archevêché d’Athènes.

Le patriarche de Constantinople qui porte le titre de « patriarche œcuménique » est « premier parmi ses pairs », les autres patriarches. Ainsi depuis des décennies, l’accord ne peut se faire sur la convocation d’un concile pan-orthodoxe.
 Les orthodoxes sont au total 150 millions dans le monde.

La Réforme protestante va donc s’ajouter à ces deux grandes fractures
Au début du XVIe siècle, l’Eglise de Rome est en piteux état. Beaucoup souhaitent des réformes, y compris le pape. La réforme se fera, mais en dehors de l’Eglise romaine. Elle sera d’abord l’œuvre d’un moine allemand : Martin Luther. Celui-ci ne propose pas une simple réforme des mœurs de l’Eglise. Il pointe la racine du mal : l’oubli de la Parole de Dieu qui, dit-il, n’est plus correctement prêchée ; et il met au premier rang le retour à l’Ecriture (sola scriptura). Il affirme, l’Epître aux Romains en mains, que le salut ne réside pas dans les œuvres mais dans la grâce (sola gratia) et dans la foi (sola fide).

La doctrine luthérienne se répandra très vite en Allemagne et dans les pays scandinaves.

D’autres réformateurs surgiront, souvent plus radicaux que Luther : en Suisse notamment avec Zwingli. Luther en combattra certains comme les anabaptistes.
Puis une seconde génération de réformateurs viendra avec Calvin à Genève. Et en Angleterre la Réforme prendra essentiellement, avec Henri VIII et ses successeurs, le visage d’un schisme anti-romain.
Partout, ce sont les princes (ou les bourgeois dans les villes libres) qui décident de la religion à adopter : le peuple a la religion de son prince ; en latin cela se dit : cujus regio, ejus religio. L’Europe occidentale se trouve ainsi divisée sur le plan religieux : en gros, le Nord est devenu protestant et le Sud est resté catholique. En France, pendant un temps, sous le régime de l’Edit de Nantes d’Henri IV, à partir de 1598, les deux « religions » cohabiteront. Puis ce sera, avec la révocation de cet édit en 1685 par Louis XIV, le rétablissement du catholicisme comme « seule religion du Royaume » et de vives persécutions contre ceux qui, en France, veulent rester protestants.

De nouvelles fractures apparaissent au sein même du mouvement de la Réforme.
La plus importante s’est produite en Angleterre au XVIIe siècle avec le « mouvement puritain ». Cependant, c’est contre l’Eglise d’Angleterre, séparée de Rome, mais qui avait gardé l’épiscopat et la liturgie ancienne, que la contestation a été la plus vive.
Dès 1560, l’Ecosse était devenue calviniste avec Knox. L’épiscopat y avait été supprimé et l’autorité dans l’Eglise donnée aux « anciens », d’où le nom d’Eglise presbytérienne.

En Angleterre même, s’est constitué au XVIIe siècle le « mouvement puritain », mouvement religieux et politique, qui sera assez fort pour que, un temps, l’épiscopat soit supprimé dans l’Eglise d’Angleterre, le roi Charles Ier décapité, la République proclamée avec Cromwell. Finalement la royauté, l’Eglise d’Angleterre et l’épiscopat seront rétablis. Mais la contestation se poursuivra et les puritains persécutés, pourchassés, devront partir en grand nombre vers le Nouveau Monde.
Ces puritains se disent « évangéliques » (evangelical). Ils sont partisans du « pur évangile » que, selon eux, l’Eglise d’Angleterre, par ses compromissions avec les puissants et les riches, trahissait. Ils sont pour des Eglises libres, séparées de l’Etat ; qui se gouvernent elles mêmes ; composées de « professants » : où on entre à l’âge adulte par une profession de foi personnelle. 
Parmi ces évangéliques, les baptistes ont repris la tradition des anabaptistes du XVIe siècle par l’intermédiaire des mennonites : ils ne baptisent que des adultes et toujours par immersion. 
Au XVIIIe et aux siècles suivants d’autres évangéliques sont apparus, tous en opposition avec les Eglises instituées. Ainsi est né en Angleterre le méthodisme. Mais le plus grand « réveil » protestant s’est produit au début du XXe siècle aux Etats-Unis : c’est le réveil pentecôtiste. Il est à l’origine de beaucoup d’Eglises évangéliques. Il touche aujourd’hui 400 millions de personnes.